LE CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL :

 CAISSE DE RESONANCE DE LA SOCIETE CIVILE

 

par Roger Nasnas

Président du Conseil Economique et Social

 

 

                Cet article a été initialement publié en 2001 dans Le Liban à la croisée des chemins, sous la direction de Karim Emile Bitar, numéro hors série de le revue ENA Mensuel, revue des anciens élèves de l'ENA

 

     

            Le Conseil Economique et Social se constitue à un moment où les pouvoirs publics libanais multiplient leurs efforts pour relancer la croissance économique interne, bloquée par une profonde crise structurelle. Les projets de restructuration se heurtent souvent à la réticence et à la réserve de nombreux acteurs politiques, économiques et sociaux obligeant les responsables à s’investir dans des opérations de communications et à tenter de convaincre, parfois sans grands succès, les sceptiques et les circonspects.

         L’action économique et sociale au Liban s’est toujours située entre deux niveaux. D’une part, l’Etat et ses institutions, de l’autre les entreprises et les ménages. Les relais de transition entre ces deux niveaux étaient pratiquement inexistants. Les actions collectives et associatives ont toujours été marginalisées et se sont limitées dans la plupart des cas à des lobbying corporatistes.

         Par ailleurs, et faute d’un organisme de planification, les projets de développement décidés au cours des dernières années sont restés éparpillés entre plusieurs centres de décision. La responsabilité de la planification est tantôt attribuée au CDR (Conseil du Développement et la Reconstruction),  tantôt à certains ministères avec l’intervention continue du Conseil des Ministres ou des commissions ministérielles. Ce mécanisme ne permet pas d’édifier une stratégie globale du développement économique et social, et encore moins de lui apporter les corrections nécessaires tout au long de son application. 

         Malgré les efforts déployés par les pouvoirs publics, cette forme d’action ne satisfait plus les besoins modernes des hommes et des nations qui aujourd’hui doivent faire face à de profonds changements et défis économiques et sociaux imposés par le développement technologique, la mondialisation économique et même sociale.

         D’où l’importance prise par la participation active de la société civile dans l’administration de la vie économique et sociale publique et la définition des choix et solutions à adopter.

        

        Le Conseil Economique et Social peut être considéré comme un des principaux acteurs de cette nouvelle structure de coopération entre l’Etat et les groupements professionnels pour répondre aux nouveaux enjeux du développement et assurer une croissance durable seule garante de la  consolidation de la paix civile et sociale.

         Pour apprécier encore le rôle fédérateur du CES, on pourrait faire référence aux  principaux objectifs qui sont à l’origine de sa création et qui s’articulent autour des deux axes suivants:

   ·        Assurer la participation des secteurs économiques, sociaux et professionnels à l’élaboration de la politique socio-économique de l’Etat.

 ·        Promouvoir le dialogue, la coopération et la coordination entre les différents secteurs économiques, sociaux et professionnels.

 

        La faible participation des secteurs professionnels et sociaux dans l’élaboration des mesures d’ajustement et de relance économique exposent ces mesures aux critiques et en réduit la portée. L’absence de cette «courroie de transmission» est d’autant plus négative que dans certains cas, l’impact psychologique et la bonne diffusion des mesures sont plus importants que les résultats réels escomptés. De par sa nature d’organisation, le Conseil Economique et Social est appelé à jouer ce rôle d’amplificateur et de caisse de résonance dont a besoin l’action publique dans ces domaines.

         Le CES regroupe des représentants de tous les secteurs économiques, sociaux et professionnels, aux côtés de spécialistes et experts. Il est évident que cette diversité confère au Conseil une crédibilité auprès de toutes les parties. Il représente une institution unique capable d’assurer un consensus autour de sujets essentiels liés au développement économique et social. Il est aussi le lieu privilégié où se réunissent les chefs d’entreprises, les salariés, les professionnels et les experts, afin de débattre de l’ensemble des sujets économiques et sociaux, et même les plus controversés, non pour défendre leurs intérêts respectifs, mais pour assurer la meilleure décision dans le cadre de l’intérêt général de la nation et de la société.

         Cette nouvelle approche de l’action collective hors du cadre des intérêts personnels ou sectoriels est susceptible d’assurer une meilleure vision des différents problèmes auxquels se heurte l’économie et la société libanaises. Elle permet aussi d’éviter ou de réduire les retombées négatives qui peuvent provenir des dissensions ou changements politiques. 

         Cela ne signifie pas que le Conseil empiétera sur les prérogatives gouvernementales ou administratives, sa mission se limitera à consolider les objectifs à court terme et à aider à inscrire l’action du gouvernement dans un cadre stratégique clair.

         Le processus de planification ne peut être réduit à une seule vision ou étude, étant donné que la vie politique, économique et sociale évolue et suppose une révision périodique des décisions et plans et parfois même des principes généraux adoptés. 

         Faute de structures de suivi, le CES et ses comités peuvent activement participer à une appréciation de l’impact de décisions prises et oeuvrer à les développer et à les enrichir par des études et propositions supplémentaires.

        La création du CES a donné un nouvel élan à la vie publique libanaise. D’où la nécessité de poursuivre le processus de la consolidation de ce Conseil, qui apportera un appui indispensable pour assurer la réussite des décisions publiques dans le domaine de la relance et de la restructuration de la vie économique et sociale.

 

 

                                                                                                                                                    Roger Nasnas

 

 

 

 

copyright : ENA Mensuel, AAEENA

 

 

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