ENJEUX ET PERSPECTIVES DES RELATIONS

ENTRE L'UNION EUROPEENNE ET LE LIBAN

 

 

par Dimitris Kourkoulas

 

Ambassadeur

Chef de la Délégation de la Commission Européenne à Beyrouth

 

 

                Cet article a été initialement publié en 2001 dans Le Liban à la croisée des chemins, sous la direction de Karim Emile Bitar, numéro hors série de le revue ENA Mensuel, revue des anciens élèves de l'ENA

 

       

 

        Les relations entre l’Union européenne et le Liban se situent actuellement dans le cadre du Partenariat euro-méditerranéen.

         Le Partenariat euro-méditerranéen est un pacte stratégique entre l’Union européenne et les pays partenaires méditerranéens. Ce Partenariat, qui a posé les fondations d’un nouvel ensemble régional et représente un point culminant dans les relations euro-méditerranéennes, est une ambition nécessaire. Nécessaire à l’Union européenne qui ne saurait maintenir sa prospérité et poursuivre son intégration sans la stabilité et la prospérité de ses voisins immédiats. Nécessaire aussi pour les Partenaires méditerranéens qui attendent de l’Union non seulement l’accès au marché, l’investissement et les transferts de savoir-faire, mais aussi une meilleure compréhension sur le plan culturel, civilisationnel et humain.

 

        Le Partenariat euro-méditerranéen n’est pas une simple déclaration d’intentions, mais s'est doté d’instruments d’action concrets pour la mise en œuvre de ses objectifs.

 Il s’est en effet doté d’un cadre institutionnel de consultation entre les Partenaires, ainsi que d’un budget très important.

 Le Partenariat euro-méditerranéen est en effet une politique qui, pour la première fois, a été développée et adoptée de manière conjointe avec les pays de la région. Il vise également à donner corps à un vaste espace économique euro-méditerranéen et d'organiser non seulement le libre-échange entre les Partenaires, mais surtout d'appuyer le processus de modernisation économique des Partenaires méditerranéens.

 La conclusion d’Accords d'Association entre l'Union européenne et les pays partenaires méditerranéens, constitue un composant majeur du Partenariat.  Ces accords reflètent le caractère global de nos relations et couvrent des domaines aussi importants que le dialogue politique, le commerce, la coopération économique et la coopération sociale et culturelle. L'Union européenne a déjà conclu de tels Accords avec la Tunisie, le Maroc, la Jordanie, Israël, l'Autorité Palestinienne et l’Egypte. Elle est actuellement en négociation avec le Liban et la Syrie.

 En ce qui concerne la logique commerciale, économique et financière du Partenariat, la motivation européenne pour instaurer un tel Partenariat repose sur un constat très simple : la stabilité et la prospérité de l’Union européenne ne seront assurées que si la stabilité et la prospérité de ses voisins immédiats, à l’Est comme au Sud, sont également assurées.

 

        En termes concrets, le pari collectif des 27 Partenaires euro-méditerranéens est celui d'une zone de prospérité partagée reposant sur l'instauration du libre-échange ; sur un appui public aux nécessaires processus de transition économique ; et sur la dynamisation de l'investissement européen dans la région.

         Il ne s’agit donc pas du tout, comme on le dit parfois, d’introduire le libre-échange pour le seul bénéfice des entreprises européennes. Le Partenariat euro-méditerranéen se veut donc plus qu’un effort financier de la part de l’Union européenne en faveur de ses voisins du Sud et du Sud-Est méditerranéen. L’enjeu d’un Partenariat économique et commercial global remplace la relation classique « donateur-bénéficiaire » et offre un nouveau système de responsabilité partagée.

    Voilà le cadre dans lequel se situe les relations de l’Union européenne avec le Liban.

 

        Notre coopération financière avec le Liban ne s'est jamais arrêtée depuis l’établissement de nos relations en 1977. L'Europe s'est tenue aux côtés du Liban pendant les périodes difficiles. Au moment où d'autres avaient encore des doutes quant à l'avenir du pays, l'Europe a été la première à miser sur le redressement du Liban et à participer au financement de sa reconstruction.

         Le Liban est en termes d’aide par habitant, un des premiers bénéficiaires de l’assistance de l’Union européenne aux pays Partenaires dans la région méditerranéenne, le deuxième après l’Autorité Palestinienne. En effet, l'Union Européenne a doublé son assistance financière au Liban depuis la conclusion du Partenariat euro-méditerranéen en 1995. Ainsi, de 1996 à 2000, ont été alloués au Liban des dons de 210 millions d’euros et des prêts de 240 millions d'euros.

         L’assistance de l'Union européenne au Liban représente donc une partie considérable de l'assistance internationale à sa reconstruction. Si nous considérons seulement la période de l'après-guerre, depuis 1992, l'Union européenne et ses Etats Membres ont octroyé au Liban un total de 1,8 milliards d’euros, ce qui constitue plus de 40% du total de l'assistance internationale. D'autre part, si nous tenons compte uniquement des dons, la contribution européenne s'élève à plus de 52% du total reçu.

         Sur le plan politique, l’Union Européenne a toujours affirmé son attachement à la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale du Liban, et appelé à l’application de la résolution 425 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Elle s’est félicitée du retrait israélien du Sud-Liban et a exprimé l’espoir que ce retrait facilitera la réconciliation et la réhabilitation du Sud-Liban auxquelles elle demeure résolue à contribuer.

         Depuis plusieurs années, des programmes d'assistance au Liban-Sud, dans des domaines aussi divers que l'éducation, la santé, l'appui au retour des déplacés, la réactivation de l'économie locale et l'environnement, ont été développés. Suite au retrait israélien du Liban-Sud, l'Union Européenne s'est engagée à poursuivre son appui à la reconstruction et au développement du Liban, plus particulièrement au Liban-Sud.

         Dans sa coopération avec le Liban, l’Europe ne veut pas se limiter aux relations entre opérateurs économiques, entre Etats et gouvernements, mais notre ambition est d’établir des liens entre nos citoyens afin de créer une zone commune de paix et de prospérité. Ainsi, parmi les quelques 100 projets que finance l’Union Européenne au Liban, des dizaines profitent aux associations de la société civile.

         Nos relations pourraient se développer davantage dans le cadre du Partenariat euro-méditerranéen.

 

        L'Accord d'Association que nous négocions avec le Liban est primordial. Sa conclusion – que nous espérons prochaine - nous permettra d'établir un cadre global solide pour nos relations politiques, économiques et humaines. L’Accord d’Association prévoira un dialogue politique qui porte sur tous les sujets présentant un intérêt commun, notamment la paix, la sécurité et le développement régional ; une coopération économique qui couvre tous les domaines de la politique macro-économique, une instauration progressive d’une zone de libre-échange comme instrument de renforcement de la compétitivité et un soutien financier et technique substantiel à des programmes de transition économique ; et une coopération sociale notamment dans les actions ayant un caractère prioritaire comme par exemple, la promotion du rôle de la femme, et culturelle dans l’objectif d’arriver à une meilleure compréhension des cultures respectives.

         Nous sommes toutefois conscients des difficultés rencontrées dans la reconstruction du pays. La reconstruction est peut-être autant un problème institutionnel et social que physique.  Dès lors, une fois que le rétablissement le plus urgent d’après conflit est initié, l’adaptation des institutions publiques, du secteur privé et des ressources humaines devient essentiel.

         C’est pour cette raison que les projets les plus importants de l’Union Européenne concernent l’appui à la réhabilitation de l’administration libanaise, la modernisation industrielle et la planification des investissements.

 

            Je souhaiterais conclure mon article par un mot sur le volet culturel et humain de nos relations.

     Il est ce qui, en fin de compte, donne du sens aux projets politiques et économiques aussi ambitieux soient-ils.

 Le dynamisme propre de la société libanaise, ses liens avec le reste du monde à travers sa communauté expatriée, en font un partenaire idéal.

Le Liban a beaucoup à apporter, qu’il s’agisse de l’héritage culturel, de l’art, des sciences humaines, du dialogue entre religions.

 Une participation plus active dans ce domaine aurait une importance qui dépasse les frontières de ce pays et pourrait donner au Liban, dans le cadre euro-méditerranéen la place qu’il mérite.

 

Dimitris Kourkoulas

 

 

 

 

copyright : ENA Mensuel, AAEENA

 

 

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